RETOUR SUR LE COLLOQUE « VIEILLIR LIBRE ? » – St MALO – 16 et 17 novembre 2017

Par Frédérique BEBIN et Paul CHOISNET

Le colloque de St Malo « Vieillir libre ? » fêtait les 30 ans de l’Association Psychologie et Vieillissement – Occasion de revisiter les thèmes traités au cours des 30 ans : un fil rouge, la liberté : droit au risque, maltraitance, qualité de vie…- Grande richesse des thèmes proposés et des contenus.

Les actes du colloque peuvent être commandés sur le  site de Psychologie et Vieillissement pour la somme de 10 euros + frais de port.

Frédérique BEBIN présente successivement

  • L’intervention de Sabrina ALBAYSIRAK, Doctorante en Santé Publique et Sociologie du vieillissement- Inserm UMR 1168 sur le Droit au risque pour les personnes âgées.
  • L’intervention d’Agathe GESTIN – Responsable des Fonds Individualisés et Programmes Solidarités Nationales à la Fondation de France – Faire entendre la Parole des vieux

Paul CHOISNET porte un « Regard entre autonomie et dépendance » à partir des travaux de Gérard RIBES, Psychiatre, enseignant chercheur à l’Université Claude Bernard, Lyon 1 et à l’Université Lumière, Lyon 2 –

Missions de l’association Psychologie et Vieillissement : Promouvoir les divers aspects de l’approche psychologique en gérontologie, et plus largement des sciences humaines. Favoriser la recherche et les actions en ce domaine

Publications. www.psychogeronto.eu

PRESENTATION DE FREDERIQUE BEBIN :

Constat : plus l’on vieillit, plus le risque d’entrave à la liberté augmente. Quelques temps forts du colloque :

Le Droit au risque selon Sabrina ALBAYSIRAK, Doctorante en Santé Publique et Sociologie du vieillissement- Inserm UMR 1168.

Questionnement de Sabrina ALBAYRAK : « Imaginez que l’on décide d’un passage d’auxiliaire de vie chez vous, qu’on vous dise que ce n’est pas sérieux d’entreprendre un tel voyage à votre âge, qu’on choisisse un autre lieu de vie pour vous… la frontière avec la maltraitance est ténue…  Comment faire ? »

La vieillesse est souvent envisagée sous l’aspect de la perte ?

Un encadrement trop fort, trop normalisé que l’on peut retrouver chez les aidants professionnels ou non, peut souvent être interprétée comme un manque de reconnaissance de leur identité, leur vie, leur histoire. Elles le ressentent comme une annihilation de leur liberté, de leurs droits. En question : le niveau de formation des professionnels, l’ouverture des structures extérieures, le poids de la direction…

Pour les PA, les institutions sont énigmatiques, car leurs objectifs sont contradictoires : comment favoriser l’autonomie en respectant le droit à la sécurité, comment autoriser le risque en respectant l’assistance à personne en danger.

On repère quelques marges de liberté : se plaindre permet d’être mieux entendu, rester acteur, refuser le soin, s’opposer, aménager son espace…

S.Albayrak observe dans son établissement les stratégies mises en place par les résidents pour sortir de leur chambre. Le risque 0 génère d’autres risques…

Comment concilier organisation et complexité des besoins humains. Des évènements importants pour la personne peuvent apparaître insignifiants. Importance des espaces sociaux d’échanges, si précieux pour les personnes.

Liberté/sécurité : chacun est d’un côté de ce « tandem » liberté/sécurité : pour le médecin = sécurité d’abord, avec le consentement… , liberté = prendre le risque.

Première question à se poser : est-ce que j’accepterai cela pour moi ou pour ma mère ?

L’essentiel, c’est la souplesse dont dispose les professionnels pour aborder la question au cas par cas. Etre directif sur le cadre et non directif sur le contenu : « chacun peut dire ce qu’il veut dire, mais il y a un cadre pour le dire ».

Mais le travail prescrit tue le système : protocole pour la toilette – aucune liberté… il faudrait laisser du champ sur le mode opératoire. L’évaluation de la qualité fait que l’on découpe le processus en petit, petit, et il n’y a plus de vie… l’évaluation retire l’âme, retire la liberté  … pour éviter les risques.

Paul : Lorsqu’il y a des qualiticiens dans l’hôpital, on suit des procédures : ex endoscopie fibroscopie…on a trouvé un germe, donc on va faire une procédure pour régler telle petite partie… Les qualiticiens sont toujours dans le contenu et le travail prescrit. Les gens ne non respectés, sont considérés comme des machines.

Anne : La question de la liberté de la PA va de pair avec la marge de liberté du soignant, et aussi de l’éthique des professionnels, et de la position du directeur.

Paul : L’éthique questionne : on voit apparaître des responsables qui disent : « Il faut que chacun retourne dans son cœur de métier pour être plus efficient, sans vision de la personne en globalité ». C’est faux évidemment. Ce n’est pas toujours faisable.

Faire entendre la Parole des vieux selon Agathe GESTIN – Responsable des Fonds Individualisés et Programmes Solidarités Nationales à la Fondation de France  – Fondationdefrance.org lien

On parle plus souvent des PA qu’elles ne parlent d’elles-mêmes. Parole en interaction (selon qualité de l’échange), réflexive (mise en avant de la réflexion, de la conscience), représentée (asso qui parlent des seniors).

Des sujets restent tabous : sexualité, mort, maltraitance.

Intérêt de développer chez soignants la parole réflexive – ne pas tomber dans la parole efficace : le devoir de parler remplace l’obligation de faire faire.

Marie-Françoise FUCHS, co-présidente de Old Up, intervient « Se battre pour des sujets en chemin et non pour des sujets à soigner ou a à distraire ». Les vieux pommiers ne font pas de vieilles pommes.

Quelques références de livres qui traient de la liberté des PA :

Nicole CHATELET : la femme coquelicot – belle histoire d’amour

Jonas JONASSON : Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Dimitri VERHULST : Comment ma femme m’a rendu fou. Un vieux entre dans un Epahd en se faisant passer pour Alzheimer pour échapper à sa femme

INTERVENTION DE PAUL CHOISNET

« Regard entre autonomie et dépendance » à partir des travaux de Gérard RIBES, Psychiatre, enseignant chercheur à l’Université Claude Bernard, Lyon 1 et à l’Université Lumière, Lyon 2 –

Variation sur le talon d’Achille : la vulnérabilité n’est pas une pathologie. Mais la vulnérabilité est toujours noble chez le nourrisson, et parfois… ignoble chez le vieillard…

GR a fait un diaporama sur l’entrée en établissement, entre résilience et traumatisme.

L’entrée en maison de retraite et la dépendance = Facteur d’exclusion, versus exportation –

Dissymétrie relationnelle

Attitude de l’établissement : « Nous savons ce qui est bon, nous allons vous le donner, vous allez le recevoir – je peux pour vous et vous allez être comme je pense… ».

Capture

Le mécanisme d’entrée en institution induit une sidération de la pensée.

Dans certaines situations, la rupture du lien social par le déménagement pourrait être une aide (car le stress mobilise les ressources), mais fortement compensée par impuissance et la non maîtrise des évènements.

Comment penser ce lieu pour pouvoir survivre dans ce lieu ? Mouvement de la personne pour trouver une solution. De l’entropie traumatique, aller vers une évolution énergétique qui sort de soi, dans des liens avec d’autres.

Jeu du rôle institutionnel : en quoi mon rôle est en cohérence avec moi ? Comment les autres restent proches d’eux-mêmes : je vois ma quête chez les autres.

Comment je vais essayer de créer un autre espace relationnel ? Ouvrir des espaces de rencontres adulte/adulte. Permettre à la personne de réintégrer sa posture dans les rôles assignés. Ex : « Viens nous aider à faire la vaisselle ? »

Permettre à la personne d’être entendue et reconnue dans la manière où elle se réhabite son soi-même. Des séquences résilientes dans des temps qui ne le sont pas.  Si je peux me resourcer en me sentant moi, je peux affronter l’institution.

Des personnes malades Alzheimer ne pourront pas entrer dans ce processus… mais peuvent être accompagnées pour aller vers…

L’entretien, restructuration de mon identité passe par le récit de soi et la mémoire partagée du présent.

Quelques précisions

L’isolement relationnel est défini ainsi : moins de 4 contacts par semaine avec l’extérieur

Des personnes qui se disent seules et qu’on voit entourées – Sentiment de ne compter pour personne, quel que soit le nb de visites. Paroles entendues : « T’es plus capable de…. », « Je suis comme un zombie, fondu dans la masse ».

Ajoutons, l’absence de douceur ou de chaleur dans les actes (empathie corporelle). En obstétrique et en gériatrie : besoin d’être câliné, tenu propre, au chaud etc…

 « Ma sécurité vous préoccupe ? Votre inquiétude m’enchaîne ». Affiches placardées en Allemagne

Question : dans la marge de manœuvre dont dispose la personne, est-ce que l’évolution dans la désorientation peut-être un choix ?  

Vieille question… Proton a beaucoup évolué sur ce point. La réponse peut en effet conduire à culpabiliser ou à « victimiser ».  Grande difficulté : l’aspect neurologique de la maladie… On ne sait toujours pas où est l’œuf où est la poule : des lésions neurologiques identiques vont donner des résultats différents selon les personnes.

Aspect possible : Certains s’évadent dans la maladie – processus névrotique – « Alzheimer réussi » –

Autre aspect : crée un maillage, une protection psychique pour ne pas souffrir… c’est une forme de résilience.

Un livre : « Maladie d’Alzheimer – Attachement et résilience. A propos de 50 observations de malades et de familles suivis sur plus de 10 ans ».  Antoine LEJEUNE – Ed. Solal – Collection. Résilience

 

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