L’HYPNOSE ERICKSONIENNE : LE RESPECT ABSOLU DE L’UNIVERS DE L’AUTRE

Pierre Bouthier pratique l’hypnose ericksonienne en cabinet privé à Strasbourg et a enseigné le soin relationnel. Plus qu’aux techniques, il croit à une éthique du soin et de la personne. 

Utilités de l’hypnose

On peut utiliser l’hypnose pour soi-même ou pour les autres : pour apaiser anxiété, traumas, phobies, tout ce qui est psychique, donc aussi la douleur même physique. En vérifiant bien sûr le bien-fondé écologique de l’intervention, en relation avec les objectifs et le contexte de la personne accompagnée.

L’état d’une personne âgée fragilisée sur le plan cognitif présente une certaine analogie avec l’état d’hypnose. Quand l’environnement s’estompe, que le rationnel n’a plus cours, quand elle est plongée dans ses souvenirs chargés d’émotion, elle est tournée vers son univers intérieur.

1. Quitter le moment présent pour un voyage intérieur : l’hypnose au jour le jour

Chacun de nous, éveillé, possède une certaine vigilance,  une attention au monde extérieur, et en même temps une certaine capacité à se distraire du monde extérieur, à se plonger dans son monde intérieur.

Un peu comme s’il y avait deux parties en nous : une partie vigilante, raisonnante et raisonnable, qui est attentive au monde extérieur et aux pensées, au rationnel, et une partie rêveuse plus sensible aux émotions qu’aux pensées, à la poésie ou au chant plus qu’aux articulations rationnelles du discours, tournée vers les sensations, la musique ou les couleurs ou les odeurs. L’hypnose touche notre partie inconsciente, créative, l’imagination, notre mémoire affective et sensorielle.

Quand je m’adresse à ton esprit raisonnable, avec mes mots et mon raisonnement, je m’adresse aussi, de façon bien plus puissante, par mon non-verbal, par mon corps, par mes rythmes et par ma voix, par mon visage et mes yeux, à ton esprit inconscient.

Alors pendant que tu écouteras mes mots, et que ton esprit conscient y sera peut-être attentif, en même temps, une partie de toi,  à l’intérieur, sera sensible à ma posture, à ma voix, à l’image que pour toi elle évoque.  Et cette partie de toi pourra inconsciemment en profiter, pour se relaxer, voire partir agréablement dans son monde intérieur.

L’hypnose ce n’est rien d’autre que cela, et chacun de nous la vit chaque jour : cette capacité que nous avons à quitter le moment présent pour un ailleurs, un autre temps, une autre réalité : notre esprit conscient est toujours là, plus ou moins conscient du monde extérieur, mais l’esprit inconscient lui, est parti dans son monde intérieur,  dans son voyage à l’intérieur.

On dit que le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. L’hypnose va s’adresser à cette partie de nous, et ainsi permettre à la personne accompagnée de contacter des ressources profondes existantes en elle.

2. De la Validation à la PNL et à l’hypnose : une filiation

La Validation s’appuie sur deux choses très importantes :
– Une éthique, et une référence à des valeurs partagées,
– Des savoir-faire relationnels à acquérir.

Or ces savoir-faire relationnels, ces techniques ou outils, viennent en partie de la PNL, et celle-ci est au fond  une formalisation des méthodes de thérapeutes géniaux, et parmi eux Milton Erickson.

Milton Erickson n’a jamais de sa vie suivi un protocole, il s’adaptait à chaque personne unique. La PNL en a fait des protocoles, réduction pédagogique bien pratique qui a permis à beaucoup de gens de pratiquer que ce soit en coaching, en thérapie, ou encore pour les Old Old avec les adaptations créatives de Naomi Feil.

Au fur et à mesure que la pratique de la PNL et celle de l’hypnose ericksonienne se répandaient, elles se diversifiaient, ce qui est normal quand ça devient une pratique de masse, et après tout c’est plutôt bien que ça se répande et que ça se diversifie, quand c’est fait avec intégrité.
Mais si on revient à la source, on peut définir l’hypnose ericksonienne  comme une hypnose qui marche parce qu’elle respecte complètement l’univers de l’autre et qu’elle s’adapte complètement à lui.

3. Petit détour historique

La transe existe dans toutes les sociétés humaines depuis la nuit des temps.

Elle y tient une place d’autant plus importante  que dans les sociétés archaïques ou plus largement les sociétés non occidentales, elle va de soi. Pour nos ancêtres comme pour nos cousins d’autres cultures, elle est aussi naturelle que la danse, la musique, le sacré, le chant : ce sont des moments qui scandent  la vie  du groupe.  La transe et le chant accompagnent la maladie et la guérison, la naissance et la mort. La transe accompagne les rituels de toutes les religions, elle accompagne la joie, l’amour, la colère, la tristesse, la peur et le danger, toutes les circonstances de la vie et toutes les émotions.  Le clan archaïque des humains est en transe au départ ou au retour d’une chasse ou d’une cueillette, il est en transe serré autour du feu qui le protège des dangers de la nuit, depuis la nuit des temps.

Une exception : notre  société occidentale, d’abord chrétienne puis rationaliste et scientifique.
Le christianisme commence par tenter d’éradiquer toutes les formes de transe des religions précédentes, ou de les intégrer à ses propres rituels.
Un peu plus tard viennent le rationalisme et le scientisme modernes, qui décrètent faux a priori tout phénomène qui n’apparaît pas explicable rationnellement, qui dévalorise l’irrationnel et l’intuitif.
Mais bien sûr même dans notre société l’hypnose, phénomène  naturel, a continué d’exister, en quelque sorte clandestinement.

Réapparition d’une hypnose savante et artificielle

L’utilisation thérapeutique de la transe réapparaît, au XVIIIe et au XIXe siècle, sous le nom de magnétisme animal avec Franz-Anton Mesmer, et sa longue postérité, les magnétiseurs, mais aussi les médecins hypnotiseurs de l’école de Nancy et de celle de la Salpêtrière. Mais cette nouvelle hypnose s’est réinventée en restant coupée de la richesse et des nuances  des traditions populaires, perdues en route : c’est une hypnose savante et artificielle, appauvrie, mécanisée, directive. Elle est basée sur des injonctions autoritaires comme par ex. de regarder le fameux pendule,  ou encore « Vous commencez à vous sentir très fatigué » ou « Vous commencez à avoir moins mal », comme dans la méthode thérapeutique de Liébeault et Bernheim de l’école de Nancy.

Après une génération ou deux, la médecine va peu à peu abandonner cette forme d’hypnose thérapeutique car elle n’est efficace que dans 50% des cas ce qui est insuffisant. Quant à l’école de la Salpêtrière, elle n’a jamais prétendu guérir, puisqu’elle considérait l’hypnose non comme une thérapie mais comme un symptôme lié à certaines  pathologies (l’hystérie).

4.Milton Erikson et le retour aux sources de l’hypnose

Au XXè siècle, l’immense travail de Milton Erickson, son apport scientifique radical, a été de revenir aux sources de l’hypnose et de démontrer que dans le couple hypnotiseur hypnotisé, la personne importante ce n’est pas l’hypnotiseur, c’est le sujet : toute hypnose est auto-hypnose, disait Erickson.

Il n’y a pas une manière d’hypnotiser, mais autant de manières qu’il y a d’individus. 

Et si je trouve ta manière à toi, unique, d’aller en transe, alors ça te conviendra, à toi, et ça marchera même si tu n’aimes pas le pendule.

Alors si tu aimes marcher dans la forêt, je vais te parler de la forêt, de ce que tu y vois, des odeurs que tu y sens, des essences, de tes sensations quand tu marches. Et tu iras en transe très agréablement. Mais si tu n’aimes pas marcher dans la forêt, je devrai trouver autre chose.

Et si tu aimes l’eau, je te parlerai de la rivière, de la mer ou de l’océan,  de la couleur et de la forme des vagues, du rythme et du ressac, de l’odeur des algues, du cri de la mouette ou du goéland, de la sensation du vent sur ta peau.  Et tu iras en transe  aussi.

Mais je ne vais pas être trop précis, je ne vais pas t’imposer ma mer ou ma forêt à moi, qui n’a peut-être pas la même couleur que la tienne : pour te laisser retrouver ta forêt ou ta montagne ou ta mer à toi, je vais rester suffisamment vague. Et si tu n’aimes pas l’eau, par exemple si tu as peur, je ne pourrai pas te faire entrer dans une transe agréable en l’évoquant.

L’hypnose ericksonienne doit trouver pour chaque personne le point d’entrée,  le « sésame ouvre-toi » magique propre à cette personne unique. 

Cette diversité, quand tu es très vieux, n’est pas effacée. Tu peux être un vieux monsieur ou une vieille dame qui dans son voyage intérieur aime marcher dans la nature, ou pas,  et ceux qui t’entourent ne le savent peut-être pas. Et il y a peut-être des « tâches de vie » qui ont de la valeur pour toi, comme de mettre de l’ordre dans ta maison avant de partir et qui peuvent être un déchirement en toi si elles attendent leur accomplissement, ou bien une harmonie que tu ressens en toi et qui veut s’exprimer et être reconnue… Si je ne reconnais pas ces tâches de vie, dans ton langage à toi, ou si je ne m’adapte pas à ta façon à toi d’aller dans une transe agréable, alors je m’oppose à toi et à ton univers mental, me privant des moyens de te soulager, de t’accompagner, de t’aider à passer de meilleurs moments de vie.

L’un des pièges les plus tentants, pour le thérapeute ou l’accompagnant, c’est de donner la primauté à la théorie sur l’être unique que j’ai en face de moi : c’est d’imposer un protocole qui est censé s’adapter à « ce cas », alors que pour une raison ou une autre la personne n’en veut pas. Pour Milton Erickson, c’est la personne qui a raison.

C’est ainsi que si je m’adapte à toi, à ton univers, si je le respecte, ALORS je te permets d’aller dans ton univers intérieur. Ou si tu préfères, de ressentir un état agréable parce que tu te sens compris et accompagné. C’est à moi de m’adapter à toi, pas l’inverse.

L’hypnose ericksonienne est douce, permissive et non directive, à la fois dans l’induction, dans la façon de te permettre d’aller en transe, et dans les suggestions thérapeutiques.

5. Les présupposés thérapeutiques de Milton Erikson

Milton Erickson travaille en effet avec ce présupposé, le plus souvent implicite : chacun de nous possède en lui les ressources qui vont lui permettre d’accéder à une bonne vie.
Et bien sûr la définition de cette « bonne vie » sera différente si je suis en soins palliatifs, en EHPAD, un ado, un senior encore très valide, un adulte dans la force de l’âge, une personne handicapée, etc.
On peut dire à l’inverse que l’hypnose classique, directive, présuppose que la personne accompagnée ne dispose pas de toutes les ressources en elle, c’est l’hypnotiseur qui va les lui apporter, ou bien le médecin,  celui qui sait, et qui va te guérir, de l’extérieur.

L’hypnose ericksonienne, en s’adressant à l’inconscient du sujet, de façon respectueuse et en lui donnant non des injonctions, mais des permissions, lui permet d’accéder à d’autres voies que les ornières dont il était prisonnier, de voir son horizon élargi ; bien loin d’imposer une voie, elle ouvre des possibles, et donne des libertés qu’on ne soupçonnait pas.

Second présupposé : notre inconscient est bienveillant

L’inconscient pour Milton Erickson est bienveillant. Si tu entres en transe, tu laisses les commandes à ton inconscient et il va trouver pour toi la meilleure solution.

Je ne vous demande pas d’adhérer à ces présupposés pour vous permettre d’aller en transe. Ni même pour écouter cet exposé. Ils sont vrais ou ils sont faux, peu importe, vous n’êtes pas obligé de me croire. Mais ils fonctionnent ! Et on comprend intuitivement que pour guérir, ou être soulagé, il vaut mieux penser que ça va marcher, plutôt que de penser que ça ne va pas marcher.

L’hypnose ericksonienne est une pratique bienveillante envers l’interlocuteur, une pratique respectueuse, éthique, et elle fonctionne car loin d’imposer une vision, une morale ou des règles qui sont les miennes, j’essaye humblement de m’adapter à la vision de mon interlocuteur, de me synchroniser à sa petite musique ou à ses paroles, d’entrer en contact avec ses émotions et ses valeurs, pour l’apaiser, le soulager, ou pour tout autre but qui est le sien.

C’est en raison même de sa dimension éthique, qu’elle fonctionne et qu’elle est efficace.

Liens :

http://hypnose-a-strasbourg.com  06.73.14.70.65   pierrebouthier@gmail.com

http://le-soin-relationnel.com (P. Bouthier, le soin relationnel  pour les soignants et les aidants familiaux de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer)

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