Les temps forts de la conférence AFAR du 16 mars 2019

LES PERSONNES AGEES FACE AUX PSYCHOTRAUMATISMES DU PASSE

Compréhension, révélation et progression dans l’accompagnement

L’AFAR – organisme de formation continue, organisateur de cette conférence.

Sous la direction de Dr Jean-Claude MONFORT psychogériatre, PHU honoraire, et du Dr Anne-marie LEZY, gériatre, chef du service honoraire AP-HP.

Synthèse présentée par Anick Martin avec l’appui de Françoise Desbonnet et Tamar Semel.

Plan des interventions :

1- Compréhension : Un siècle d’oscillations entre obscurantisme et lumière.

2- Révélation : L’émergence et l’accueil des histoires psychotraumatiques.

3 – Accompagnement: : Conception et approches immédiates. Le déploiement des soins de préventions.

  1. COMPREHENSION

Intervention du Dr Claude MONFORT : La première théorie est juste, l’homme souffre de réminiscence

  • 50 %des articles scientifiques sont faux…On n’a pas tenu compte de la nouvelle approche éco génétique des maladies : Avant une cause = une maladie.
  • Maintenant on peut ajouter plusieurs causes différentes : génétique, l’environnement actuel (ex : la pollution), l’environnement passé (Ex: les guerres…) et les ancêtres (En psycho généalogie « il y a une transmission génétique des traumatismes »)
  • La théorie du seuil ( Jean Pierre Bouchon): tout ce qu’on accumule durant sa vie (toxicité physique et psychisme) fait basculer 20% des personnes de plus de 60 ans vers une décompensation psychique et vers la dépendance…
  • Une théorie, déjà évoquée par Freud, l’homme souffre de réminiscence. Une question centrale : le vrai souvenir et le faux souvenir…?

Que se passe-t-il avant 3 ans en cas de traumatisme ? Nous avons 3 mémoires de 0 à 3 ans: la mémoire corporelle, mature dès la naissance, les mémoires visuelle et auditive qui se développent ensuite, et donc  sont occultées en grandissant.

  • Les actes de nursing favorisent la réapparition du trauma chez la personne très âgée dépendante.

Intervention du Dr Muriel SALMONA : L’addiction et lattraction irrésistible qui conduisent à retourner aux traumatismes.

  • Actuellement en France il y a un déni des psychotraumatismes subit dans l’enfance.
  • En population française, l’exposition à un événement potentiellement traumatique sur la vie entière est évaluée à 30%.
  • En population psychiatrique on trouve une exposition à un événement potentiellement traumatogène chez 72 % des patients interrogés dont 64% de femmes .
  • Les violences sont les plus traumatisantes, particulièrement les maltraitances, les violences intra conjugales et surtout les violences sexuelles.
  • Ces événements stressants précoces (sous forme de maltraitance et/ou négligences) sont associés à une augmentation sensible de la vulnérabilité à la violence, trouble psychiatrique majeur et autres troubles médicaux (dépression majeure, trouble bipolaire, trouble de stress post traumatique, alcoolisme, toxicomanie, voire même schizophrénie, ainsi que l’obésité, les migraines, les maladies cardio-vasculaires, le diabète, etc.)
  • Avec des conséquences biologiques et neurobiologiques et des mécanismes moléculaires et cellulaires facteurs de vulnérabilité aux maladies. L’impact neurologique est tel (circuit émotionnel et mémoire atteints) que le psychotraumatisme a pour conséquence : conduite à risque, dissociation de la personnalité, blocage de la mémoire traumatique (qui s’allume au moindre lien après 60 ans…).
  • La vie va s’organiser autour de cela. En vieillissant, le mécanisme de refoulement marche moins bien. C’est quand on sort de cet état dissociatif que la personne va plus mal.
  • Par exemple : des parents violents, un mari violent…Le mari meurt, la dissociation s’arrête. La Personne âgée va plus mal, la mémoire traumatique « explose ». La personne âgée parle, crie, hurle, insulte…Si on l’écoute avec empathie, elle va mieux.

2 conduites constatées en EHPAD : 

  • l’évitement : pour ne pas revivre le trauma « elle ne bouge pas » : « Mon mari n’est pas mort ».
  • une nouvelle dissociation : conduite addictive (médicaments, boire ++) pour ne plus ressentir. J’ai besoin de mon mari qui me bat, donc….

Intervention du Dr Cécile PEYNEAU : Les classifications psychiatriques à l’origine d’errances diagnostiques et thérapeutiques.

  • Le Dr Peyneau est allergique aux classifications ce qui lui a permis d’observer les personnes.
  • Un symptôme = une maladie, vrai pour la cardiologie mais pas pour la psychiatrie. En psychiatrie : le diagnostic se réalise aussi sur un contexte relationnel et inter-réactionnel.
  • CERVEAU NEUROLOGIQUE = CERVEAU PSYCHOLOGIQUE

Pour faire un bon diagnostic psychiatrique, il faut comprendre l’origine de la souffrance de l’autre  => importance de la qualité de l’opérateur, de connaitre la culture de l’autre et de connaitre son histoire. On retrouve l’importance des histoires de vie.

  • Les classifications n’arrêtent pas de changer. Les classifications se centrent de plus en plus sur les symptômes, où est la place du traumatisme ? Dans les extrêmes les classifications ne tiennent pas la route.
  • Serge Lebovici : « Peu importe les symptômes…pourvu qu’on ait l’histoire de vie ». Accueil avec patience de la révélation progressive d’une histoire invisible.
  1. REVELATION

Intervention du Dr Annie Papin, gériatre : L’accueil avec patience de la révélation progressive dune histoire invisible

  • Histoire d’Agatha Christie et de son enlèvement mystère… Une jeune femme de la bonne société anglaise, épouse un aviateur qui la trompe. Plusieurs hypothèses. Elle disparaît pendant une dizaine de jours, toute l’Angleterre la cherche …sauf son mari. On la retrouve dans un hôtel, en cure, faisant la jolie dame… Les policiers et le mari Elle prend son mari pour son frère. Elle maintiendra la thèse de l’amnésie.
  • La sagesse de l’incertitude de Lévinas : Levinas entend renverser la violence d’une pensée qui pense pouvoir tout habiter en une sagesse de l’incertitude qui trouve son origine dans une subjectivité entendue comme vulnérabilité, condition de toutes formes de respect, comme non-indifférence à la présence traumatisante de l’autre dans sa radicale altérité.

Histoire de vie : ce que l’on sait (vraiment ?), et ce que l’on comprend… Pour la personne, c’est vrai… je ne sais pas ce que la personne a vécu, mais je ne peux que l’accompagner.

Intervention du Dr Anne Marie LEZY : L’écoute de l’émergence brutale d’une parole et la contenance face à un comportement déconcertant

  • Trois cas cliniques qui illustrent l’émergence brutale d’un psychotraumatisme :
  • Une dame déclare : «Je vais aller en enfer ». Elle raconte son avortement à l’âge de 16 ans…Elle meurt 48 h après ; elle a pu déposer son fardeau.
  • Une dame de 75 ans, violée par son père, avec des problèmes urinaires, refuse la consultation uro-dynamique. Elle parle de ce viol dans un contexte d’empathie, on l’écoute, elle sera ensuite accompagnée psychologiquement.
  • Une femme, déportée à la guerre de 1940, elle échange beaucoup à ce sujet. Un jour, elle ne parle plus, se mure dans le silence. C’était au moment du procès de Klaus Barbie, elle l’avait vu à la TV…. Hypothèse d’un lien à faire.

L’ ECOUTE

Devant un comportement inadapté : agitation, logorrhée soudaine, mutisme… Il faut toujours se demander si le patient n’a pas une demande refoulée ou inconsciente à formuler, d’un souvenir ou d’une réminiscence traumatique. D’où la nécessité d’avoir une connaissance et une écoute adaptées.

Intervention du Dr Frédéric MUNSCH : La confidence « tranquille » d’une histoire transgénérationnelle invisible

Le « placement » en institution médico-sociale est souvent source d’angoisse, de souffrance psychique et de confusion.

Cela peut s’exprimer par des manifestations psycho-comportementales qui perturbent l’organisation des soins et le besoin d’expression personnelle.

Une pratique clinique fondée sur l’éthique appelle l’élaboration d’une pensée collective et des temps d’analyse de la pratique pour permettre aux soignants d’accueillir l’expression de l’imaginaire et de cultiver la singularité d’un sujet.

Histoire de Mr Albert : « Moi, j’ai un cimetière à l’intérieur » Ce monsieur a dans son histoire personnelle beaucoup de morts.

Autre exemple : Une dame paraplégique : « Non, vous n’arrivez plus à marcher ». Cette perte physique a réveillé pour elle la mort de son mari, d’autres morts… La perte réveille d’autres morts.

« L’institution comme théâtre pour une dramaturgie transgénérationnelle »

Un travail d’équipe de tout le personnel est nécessaire, qui participe par son écoute à la pièce de théâtre dont la personne âgée est l’acteur principal. Le personnel doit sortir le nez du guidon, savoir écouter, être dans le présent. Le savoir-être est alors essentiel.

Savoir écouter ne prend pas plus de temps que de ne pas le faire.

  1. ACCOMPAGNEMENT

Conception et approches immédiates

  • THERAPIE AVEC LE CHEVAL :

Changements constatés avec le poney placé entre le binôme aidant-aidé.

  • OSTÉOPATHIE:

Intérêt, limite et précaution de l’approche corporelle : Elle peut déclencher le réveil d’un traumatisme. Donc, avoir une bonne qualité de ressenti pour savoir s’arrêter.

  • L’EMDR : Francine SHAPIRO :

Le mouvement rythmique peut réveiller des traumatismes en faisant réémerger  la mémoire corporelle.

  • mais aussi MEDITATION DE PLEINE CONSCIENCE,

Indiquée même en cas des baisses de performance auprès de personnes âgées dépendantes.                                                                     Etude sur le sujet réalisée par Anne Julie VAILLANT-CISZEWICZ, qui  propose de venir la présenter à l’APVAPA.

Le déploiement des soins de préventions.

LES SOINS PALLIATIFS : Pour le Dr Jean Marie GOMAS, le dernier instant pour se libérer d’un psychotraumatisme du passé?

On rêve tous d’apaiser les tensions « non résolues » de notre vie à l’approche de notre mort.

Quelle est la nature de ce lâcher prise psychique qui permet enfin le décès du corps? « Pour mourir sereinement il faut accepter que sa vie ait des limites » – Michel RENAULT

Pardonner ? Accepter ? Donner ? Laisser ? Oublier ?

  • Commentaire A : Il est très important pour une génération que les personnes qui vont mourir déposent leur fardeau : cela libère les vivants.

Impossible de dire tout, ses conflits et ses traumas, dans les entretiens qui précèdent la fin…

Le travail du trépas ?  Ouvrir le champ du Dire, ouvrir le champ de l’Etre. C’est la mission de la démarche palliative : être le catalyseur (avec Incertitude et humilité)                                                                                                                         Décidément, le travail du trépas n’est pas de tout… repos justement!

Intervention du Dr Jean ROCHE : Le déploiement des soins de prévention

Mettre de la douceur dans l’annonce d’une énième mauvaise nouvelle comme celle de la maladie d’Alzheimer

« On ne le dit pas », « On doit le dire à tout prix »….Or il faut s’adapter à la personne et à la situation.

Ajout de MY : Un patient, lui explique qu’il lui reste la mémoire mais avec des trous. « comme un gruyère » dit-elle. Réponse du patient : « Le plus important c’est le soleil qui passe par les trous. »

Cette annonce très protocolisée aujourd’hui peut être violente. Comment « bien annoncer et accompagner » quand le personne malade est oubliée et que l’annonce du diagnostic est centré sur les aidants….

« Le médecin m’a dit que ce n’était pas Alzheimer, que ce n’était que de la sénilité ! »

Intervention du Dr Cédric Van MORSEL, psychogériatre à Duffel, Belgique

Accepter le « non savoir » pour se poser, écouter et assister à l’émergence du passé et de liens.

Thérapeutique fondée sur une position d’accompagnateur plutôt que de guérisseur. Cela implique de pouvoir dépasser sa propre angoisse, la confrontation avec la perte (angoisse de castration). La mort étant la castration ultime : nous tentons de repousser l’échéance…Comme si nous le pouvions avec « du savoir »…!

AYONS DES TROUS DANS LE SAVOIR : comment ne pas voir dans cet Autre vieillissant le témoin de ce qui résiste au monde technique et relationnel, le témoin d’un trou dans le savoir. L’oubli comme symptôme dans un monde régi par le savoir…La science est une interprétation à partir de notre réalité : le savoir. Pourquoi ne pas interpréter à partir du non savoir *?

En d’autre termes :

  • L’approche médicale matérialiste et neuroscientifique = ilot de savoir (pas un continent …)
  • Démence : le patient n’arrive plus à être amarré -> rupture.
  • Recouvrir cela par le terme de « troubles cognitifs» renforce l’aliénation.
  • Rejoindre le patient en quittant notre ilôt.

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